Vendredi 21 décembre 2007
©Eric Baudet/ Fedephoto.com
Il n'y a pas de honte
à reconnaitre
ses erreurs.
O
Le 18 décembre dernier,
Francis Lalanne, Rost, Bernard Lesterlein (Député),
et votre serviteur nous retrouvions
à l'Assemblée Nationale
pour une conférence de presse.
Au programme,
le lancement d'une pétition initiée
par
Banlieues Actives,
Pour le rétablissement d'une police de proximité.
Il fut un temps où les anciens avaient érigé des talus pour atténuer les
effets de la colère du ciel. Vinrent ceux qui savaient et qui par conséquent détruisirent ces fameux talus qui dérangeaient. Les catastrophes naturelles s'étant multipliées ces dernières années,
et avec elles les inondations, on en vînt à comprendre l'utilité de ces talus.
Il en va de même avec les gardiens de la paix.
Je me souviens de mon premier contact avec ce grand
échalas, portant capeline, bâton blanc à la ceinture. J'avais quatre ou cinq ans tout au plus quand il est entré dans mon univers. Il, (un gardien de la
Paix, une hirondelle), est entré chez le bougnat où les gens du quartier se retrouvaient après leur dur labeur. Et je dois dire que je fus impressionné par
ce personnage qui connaissait tous les convives, au point de les interpeler par leur prénom, les mains tendues vers le poêle à charbon. Il leur donnait des conseils, parlait de choses et
d'autres, prenait des nouvelles, résolvait les petites querelles. Il savait rigoler sans être familier. Ni flic ni poulet, il était une 'hirondelle', un gardien de la Paix inspirant le respect. Aux forces de l'ordre placées juste après lui d'inspirer la crainte, puis à la justice la peur d'être
emprisonné.
Vinrent ceux qui savaient et qui ont supprimé d'un trait
ceux qui avaient été successivement les gardiens de la Paix, les ilotiers, la police de proximité. Les talus de la République en quelque sorte, placés là pour éviter les catastrophes.
Or il se trouve qu'un mini-tsunami vient de se produire,
là, tout près, à Villiers le Bel, emportant avec lui bien des certitudes, à commencer par celles des forces de l'ordre, se retrouvant dans la situation des tirailleurs Sénégalais, envoyés sur les
mitrailleuses avec des bâtons. Pourtant, ce n'était pas faute d'avoir prévenu. 2005, 2007... Faudra-t-il attendre la formation d'un typhon dans le ciel de France pour qu'enfin les gens
compétents réagissent?!
Il aura fallu plus de mille policiers pour affaler le
ballon des émeutes à Villiers le Bel. Si les 700 quartiers se mettaient tous ensembles à gronder, il en faudrait donc 700 000. Avec un fonctionnaire sur deux non remplacé, faudra-t-il
envoyer les postiers en première ligne ? De l'autre côté, c'est-à-dire en face d'eux, 150 000 jeunes chaque année viennent grossirent les rangs des désespérés. Plus le millefeuille
prend du volume, moins il sera facile pour notre pays de le digérer.
Que va-t-il se produire la prochaine fois ?
Une guerre civile ?
D'autant que la police est gagnée elle aussi par un
profond sentiment d'insécurité. Du coup, les forces de l'ordre vont se renfrogner encore un peu plus et nous conduire vers une escalade. La peur rend agressif quand elle ne provoque pas la fuite.
Il fut un temps ou la police jouait comme un tamis. Les
gardiens de la paix en première ligne, les forces de l'ordre venant ensuite. Aujourd'hui, les forces de l'ordre sont en première ligne. Elles exercent en force leur métier, ce qui contribue à les
couper de plus en plus de celles et ceux qu'elles sont censées protéger. Ce qui contribue également à vacciner un nombre toujours plus grand de jeunes contre les brutalités, au point qu'ils en
inventent ce jeu: la garde à vue ou le passage à tabac est un rite obligé. Histoire de s'y préparer ?
Il n'y a pas de honte à reconnaitre ses erreurs. C'est un signe d'humilité,
c'est de la sagesse. Et la sagesse voudrait que l'on rétablisse rapidement les talus de la République et de la paix civile, doublés d'un dispositif sérieux pour les 150 000 désespérés, qui,
chaque année, viennent grossir les rangs d'une armée qui n'a plus grand-chose à perdre.
Pour terminer, il me paraît tout à fait coquasse qu'un
ancien délinquant comme je le suis, vienne aujourd'hui plaider pour la police. Quoi qu'il en soit, une chose est certaine, cette hirondelle qui m'avait marqué au coin du respect, détermina
ensuite mon rapport aux forces de l'ordre lorsqu'elles m'arrêtèrent.
Cliquez ici
Pour accéder directement au texte complet
de la pétition.
Cordialement vôtre
Bernard-Alex Le Moullec
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